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Une offensive ciblée avant tout
autour de produits plus attrayants (symbolisé par l'immense
succès de la Mustang), mais aussi et surtout basée
sur de vastes campagnes de communication. Avec pour leitmotiv
"gagner pour vendre", les hommes du marketing mettent
sur pied le plus ambitieux programme sportif jamais lancé
par un constructeur.
Dans
un premier temps, ce sont les disciplines typiquement américaines
(Nascar, Indianapolis) qui ont la faveur de cet engagement, mais
bientôt le terrain de chasse s'élargit aux disciplines
européennes où le niveau technologique est nettement
supérieur et la concurrence plus relevée. Ford veut
ainsi prouver qu'un constructeur américain sait faire autre
chose que d'encombrantes berlines et le Championnat du monde des
GT créé en 1962 apparaît bien séduisant
dans cette optique. Dans un premier temps, Ford va accroître
son soutien à Carroll Shelby, dont les Cobra commencent
à donner du fil à retordre aux invincibles Ferrari,
mais il devient vite évident qu'une victoire au Mans éclipse
tous les autres succès ou même une couronne mondiale.
Dans cet univers de GT officiellement produits en série,
le succès est pourtant exclusivement réservé
à une espèce hybride : les "GT expérimentales".
Plus rapides et nettement plus performants que les "GT de
route", ce sont en fait de véritables prototypes appelés
un jour à donner naissance (ou non) à une petite
série de voitures de Grand-Tourisme. Personne n'est dupe
de cette imposture et chez Ford, il ne fait aucun doute qu'une
victoire au Mans passe obligatoirement par la réalisation
d'un prototype.
Henry Ford II, en personne, donne le feu vert au projet et 1962
voit la naissance d'un Département des véhicules
spéciaux. Sous la direction de Roy Lunn, un ingénieur
britannique émigré aux USA, la cellule réalise
un premier véhicule : la Mustang 1. Ce "dream car"
se présente sous la forme d'un petit roadster à
moteur central doté de radiateurs latéraux et d'une
fine carrosserie en aluminium. Elégante et innovante, la
Mustang ne sera jamais alignée en course, mais elle servira
de point de départ à la réalisation du futur
prototype. Celui-ci conservera, en effet, une longueur et un empattement
identiques et surtout une hauteur de 40 pouces qui lui vaudra
l'appellation GT 40. Toutefois, si la parenté est évidente,
la genèse de la GT 40 sera bien plus chaotique et compliquée.
Henry Ford a fixé l'échéance en 1964 et Iaccoca
sait qu'il sera impossible à Ford qui ne possède
aucune expérience en la matière, de tenir des délais
aussi brefs. Réaliste ou opportuniste, mais surtout disposant
des moyens de ses ambitions, Ford sait qu'il peut se payer ce
qui ce fait de mieux en matière de sport automobile. Le
rachat de Ferrari est envisagé pendant un temps, mais il
semble bien aujourd'hui que le Commendatore a profité des
circonstances et d'une certaine naïveté de ses interlocuteurs
américains, pour faire monter les enchères avec
le groupe Fiat. Outre l'humiliation, l'opération se conclut
pour Ford par quelques précieux mois de perdus et en mai
1963, le projet est revenu à la case départ.
Il
devient urgent de trouver une solution de rechange. Ford se tourne
alors vers son antenne britannique très active dans les
épreuves "Tourisme" et entretenant d'excellentes
relations avec la plupart des constructeurs dont elle assure la
motorisation des monoplaces. Lotus, Cooper et Lola sont contactés.
Cette dernière ne possède pas la notoriété
de ses aînées, mais elle vient de présenter
une jolie berlinette à moteur... Ford. Le contrat est signé
le 1er août 1963 et en échange d'une somme très
confortable, Eric Broadley, l'ingénieur fondateur de la
marque, s'engage à travailler exclusivement sur le projet
Ford et surtout à ne pas y attacher... son nom. La Lola
Mk 6 GT remarquée aux 24 Heures du Mans, reprend du service
en septembre et entame une série d'essais intensifs à
Monza, tandis qu'un second modèle est expédié
chez Ford aux USA pour y être soigneusement étudié.
Le recrutement des ingénieurs placés sous la direction
technique Roy Lunn et des "hommes de terrain" dépendant
de John Wyer, le directeur sportif bat son plein et s'apparente
bientôt à une "dream team". Une vaste usine
ultra moderne est construite dans un temps record à Slough
dans la banlieue de Londres, mais en dépit de ces moyens
exorbitants, le temps fait défaut et les équipes
doivent travailler jour et nuit pour tenir les délais.
Dans
ces conditions extrêmes, le lien de parenté entre
la Lola et la Ford sera des plus étroit. Le châssis
constitué de caissons en acier est très inspiré
de celui de la Lola, tandis que la silhouette compacte de la carrosserie
ne peut nier une forte ressemblance, avec notamment ces échancrures
de portières sur le pavillon de toit pour faciliter l'accès
à bord. Après bien des difficultés sur le
plan aérodynamique, la ligne est arrêtée en
février 1964 et l'habillage constitué d'éléments
de tôle d'aluminium et de fibre de verre est confié
à la société britannique "Specialisated
mouldings".Comme sur la Lola, le V8-4.2 litres dérivé
du bloc de la Fairlane est installé en position centrale
arrière et relié à une boîte à
quatre vitesses (non synchronisés) Colotti.
Démodée
et peu fonctionnelle, elle est la seule disponible sur le marché,
capable d'absorber une telle puissance, mais faute de temps, Ford
n'a pas d'autre choix. Le 14 mars 1964, le premier châssis
fabriqué par la société Abbey Pannels de
Coventry est livré à l'usine de Slough et l'assemblage
final est réalisé en une quinzaine de jours, pour
respecter la date de présentation fixée au 1er avril.
Après un aller-retour pour un show organisé par
le tout puissant service marketing de Ford, la première
GT 40 prend le chemin du Mans pour les essais d'avril. Le baptême
de la piste sera douloureux. Les premiers essais démentent
toutes les données fournies par les précieux ordinateurs
tant au niveau de l'aérodynamique que du freinage ou du
refroidissement.
Carroll Shelby, le magicien
Autant
de problèmes, qui cumulés avec le stress de mois
de travail intensif suscitent de graves tensions dans l'équipe.
Broadley qui supporte mal l'autorité de Lunn reprend sa
liberté un an avant l'expiration de son contrat. La cohabitation
entre Wyer et Lunn est tout aussi orageuse. Wyer emporte la première
manche en démontrant que l'instabilité de la GT
40 est due à manque d'appui et, soutenu par ses pilotes,
réussit à faire monter le becquet arrière
que Lunn et ses ordinateurs avaient refusé. La première
sortie au Mans se solde par un échec sauvé simplement
par le record du tour décroché par Phil Hill. Wyer
demande du temps pour développer et fiabiliser des voitures
qui ont finalement été construites à la hâte.
La direction de Ford ne veut rien savoir et exige des résultats.
Wyer ne peut qu'obtempérer et comme il avait prédit,
les deux sorties suivantes à Reims et à Nassau tournent
à la débâcle. L'état major de Ford
est profondément irrité et Lunn tient sa revanche.
Il mise sur la puissance et non sur une sophistication toute britannique
avec une raisonnement simple : la GT 40 n'est pas parfaite, mais
avec un gros moteur 7 litres, elle finira par s'imposer par KO...
Leo
Beebe, le nouveau patron de la division "Special Vehicles"
lui donne son accord pour la création d'une unité
de développement qui prend le nom de Kar-Kraft. Installée
à Dearborn, près du siège de Ford, elle prend
en charge la préparation des prototypes à moteur
7 litres et la production d'une boîte de vitesses "maison".
Rebaptisée Ford Advanced Vehicles, l'antenne de Slough
reste sous la responsabilité de John Wyer, mais doit désormais
se cantonner à la production et à la commercialisation
de la version "Sport". Auréolé de ses
succès internationaux avec ses Cobra, Carroll Shelby succède
à Wyer à la direction sportive. Sous la direction
de Phil Remington, les GT 40 qui adoptent définitivement
le moteur 4.7 litres, vont subir de profondes transformations
portant en priorité sur une fiabilisation de la transmission
(21 points modifiés) en attendant la livraison de nouvelles
boîtes ZF, sur l'amélioration du freinage et du système
de refroidissement.
Un passage en soufflerie met à jour de graves défaillances
aérodynamiques et impliquent le remodelage de toute la
partie avant, tandis que des essais intensifs donnent enfin de
bons réglages des suspensions. Enfin, toute l'expérience
des mécaniciens de Shelby aguerris par plusieurs campagnes
de course, permet d'évacuer tous les problèmes de
logistiques et de garantir une préparation impeccable aux
voitures. Les GT 40 récoltent les fruits de ce travail
acharné dès leur première sortie en 1965,
en remportant leur première victoire internationale à
Daytona. Dans le même temps, la version à moteur
7 litres poursuit son développement. Plus lourde, encore
peu stable, elle se révèle néanmoins prometteuse
avec sa vitesse de pointe frisant les 340 km/h.
En
dépit de son peu de développement, Ford décide
d'en aligner deux exemplaires aux 24 Heures du Mans 1965 et le
duel avec Ferrari, bien relayé par les médias commence
à monter à puissance. Porteuse de tous les espoirs
de Ford, les 7 litres seront comme prévu très remarquées
(pole position, record du tour, course en tête) mais aucune
des deux ne terminera. Faillite totale également parmi
les quatre GT 40 à moteur 4.7 litres qui succombent toutes,
victimes de leur joint de culasse. Ferrari sortait encore une
fois victorieusement du combat, mais avait perdu tous ses prototypes
dans la bataille et ne devait son succès qu'à la
modeste LM alignée par le NART. Le duel Ford-Ferrari ne
faisait que commencer. Le géant américain plus obstiné
que jamais préparait déjà les armes de sa
revanche. Les Ford MkII, puis MkIV encore plus puissantes et agressives
finiront par triompher...
Les Ford MkII et MkIV (1966/67)
A
l'aube de la saison 1966, Ford annonce clairement la couleur.
L'apprentissage est terminé et le constructeur américain
sait qu'il peut désormais assouvir sa soif de victoires.
La puissance et la loi du nombre jouent en sa faveur, c'est un
simple raisonnement mathématique ! En juin, Ford enlève
(comme prévu...) sa première victoire au Mans en
réalisant un impeccable triplé, mais n'hésite
pas à remettre son titre en jeu. Le meilleur est à
venir et l'édition 1967 des 24 Heures du Mans, restera
à jamais comme la course du siècle.
En
dépit de 1965, l'état major de Ford considère
que la conception de la 7 litres est saine et qu'elle possède
un potentiel plus que suffisant pour triompher des Ferrari. Les
voitures ont été simplement catapultées trop
rapidement dans l'arène sportive, à cours d'essais
et sans une préparation suffisante. Particulièrement
instables à haute vitesse, les 7 litres sont donc revues
en priorité sur le plan aérodynamique. Baptisée
Mark II, la nouvelle mouture se voit doter d'une carrosserie plus
compacte (capot avant plus court, poupe plus trapue) et rigidifiée
par l'emploi de tôles d'aluminium plus épaisses.
Les radiateurs et la circulation d'air sont modifiés, de
même que le refroidissement des disques de freins est optimisé
avec l'apparition de prises d'air sur les flancs et de conduits
périscopiques sur le capot moteur. Les contraintes de freinage
imposés par cette voiture de près de 1200 kg capable
de dépasser les 300 km/h ne sont pas résolues pour
autant. Enfin, à l'instar de Chaparral, Ford décide
à son tour d'expérimenter une boîte de vitesses
automatique qui présente l'avantage d'être nettement
plus légère que la classique boîte manuelle.
Tentée à deux reprises (Daytona et Sebring) l'expérience
ne sera pas renouvelée par la suite. Après six mois
d'essais intensifs, les Mk II ont sérieusement progressé
dans tous les domaines (freinage, tenue de route, refroidissement),
mais leur capacité à "tenir" sur de longues
distances, reste inconnue. Un triplé aux 24 heures de Daytona,
puis un doublé aux 12 heures de Sebring des Mark II, il
est vrai alignées en nombre, lève un bon nombre
d'inquiétudes, mais ne rassure pas pleinement les hommes
de Ford. A Daytona, en l'absence de Ferrari, les Ford n'avaient
pas de rivales réellement menaçantes, tandis qu'à
Sebring, l'unique Ferrari P3 engagée se montra menaçante
alors qu'elle effectuait sa première sortie en course.
Faisant l'impasse sur les épreuves européennes (à
l'exception de Spa, où une Mk II est battue par une P3),
Ford décide de concentrer toutes ses forces sur Le Mans.
Aux essais d'avril, les Mk II se montrent les plus rapides, mais
la séance est endeuillée par l'accident mortel dont
est victime Walt Hansgen. Même si les circonstances de l'accident
ne sont pas clairement établies, il n'en demeure pas moins
que la tenue de route des voitures américaines est encore
perfectible et que la puissante "machine de guerre"
peut se gripper.
Un
constat aggravé par les débuts jugés décevants
de la nouvelle Ford "J" doté d'un châssis
inédit en matériaux composites empruntés
aux techniques aérospatiales. A l'évidence, la "J"
n'est pas prête et Ford décide de reporter tous ses
efforts sur la Mk II. En juin, pour la course Ford fait l'étalage
de toute sa puissance en alignant pas moins de huit Mark II, dont
quatre entièrement neuves, alors que Ferrari ne peut présenter
que trois P3. Dès le départ donné par Henry
Ford II en personne, les Mk II commencent leur travail de sape
et peu avant 2 heures du matin, tout est joué ! La dernière
Ferrari P3 vient d'abandonner et la seule incertitude consiste
désormais à connaître laquelle des Ford va
triompher. Partis en pointe et tournant régulièrement
à plus 210 km/h, Gurney-Grant, possèdent une confortable
avance, mais doivent renoncer en début de matinée.
Miles-Hulme
héritent alors du commandement devant l'autre Mk II de
McLaren-Amon et dès lors, on voit mal qui pourrait venir
leur contester la victoire. Dans ce contexte, Ford qui souhaite
donner un aspect spectaculaire à son succès annoncé,
voudrait voir ses deux voitures terminer ex-aequo sur la ligne.
D'abord favorables, les organisateurs se récusent alors
que les consignes sont déjà passées aux équipages.
A contre-coeur, Ken Miles laisse remonter à sa hauteur
Bruce McLaren et lorsque ce dernier prend une longueur d'avance
pour franchir la ligne d'arrivée à 16 heures, il
ne bronche pas, se croyant encore assuré du "dead
heat". Quelques minutes plus tard, Miles enfonce son bonnet
de laine "fétiche" sur ses cheveux gris et tente
de masquer sa peine. Pour huit mètres et un obscur point
de règlement, il vient de perdre les 24 Heures et ne pourra
réaliser le fabuleux triplé Daytona/Sebring/Le Mans...
Henry Ford, lui n'éprouve pas d'états d'âme,
les hommes doivent s'effacer devant les intérêts
de la compagnie... Pourtant, emporté par l'euphorie du
moment et envoûté par l'ambiance, il décide
de remettre son titre en jeu.
La
lutte finale 19
juin1966
Trois ans après avoir lancé le pari de remporter
les 24 heures du Mans, Ford réalise un triplé avec
la célèbre GT40. Conçue dans la douleur pour
redorer et rajeunir l’image de la marque, l’auto devait
absolument gagner les 24 heures où Ferrari dominait alors.
Pour parvenir à ses fins, Ford avait bien pensé
à racheter Ferrari mais le Commandatore préférait
un accord avec Fiat. Après un parcours semé d’échecs
où deux modèles sont en concurrence, c’est
finalement la MKII qui se détache et domine les grandes
courses à partir de 1966. Au Mans, c’est alors la
consécration avec une voiture qui, en entrant dans la légende,
modifie en profondeur l’image de la marque.
En 1966, avec sa victoire au Mans assortie des titres mondiaux
en catégories Sport et Prototype, Ford a atteint tous ses
objectifs. Toutes les équipes techniques travaillant d'arrache-pied
depuis près de trois ans n'aspirent qu'à souffler
et le nouveau défi lancé par le "Patron"
trouble les uns et surprend les autres. La tension s'est relâchée
et il ne sera pas facile de remotiver tout ce petit monde. De
son côté, Ferrari qui n'est jamais aussi dangereux
que dans l'adversité prépare déjà
l'arme de sa revanche : la fabuleuse P4. Dès janvier 1967,
la superbe italienne signe des performances étourdissantes
sur la piste de Daytona et, alerté, Ford se décide
à procéder quelques jours plus tard à des
essais sur la même piste. Dans des conditions identiques
(météo, degré d'humidité, etc,) les
Ford Mk II, tout comme une nouvelle mouture de la "J"
sont totalement surclassées. En dépit de ces résultats
décevants, Ford n'est pas vraiment inquiet et pense refaire
"le coup du Mans" en jouant la loi du nombre.
Cette
fois pourtant ce sont les sept Ford qui vont s'essouffler à
vouloir tenir le rythme des trois Ferrari qui franchissent groupé
la ligne d'arrivée des 24 heures de Daytona.
Une
fois l'humiliation digérée, Ford va faire preuve
de lucidité et d'une incroyable capacité de réaction.
La Mk II lourde et massive commence à avouer ses limites
et son âge en dépit du montage d'un V8 doté
désormais de doubles carburateurs Holley délivrant
une puissance de 500 ch (au lieu de 485 ch). Elle subit un lifting
(capot arrière modifié et suppression des prises
d'air périscopiques, poupe légèrement affinée)
et prend l'appellation Mark IIB. Revigorée, mais toujours
plus lourde (depuis le montage d'une solide cage/arceau de sécurité),
elle prend une belle 2e place à Sebring pour ses débuts.
Dans
le même temps, Ford a réactivé le programme
"J" et en quelques jours seulement la Mk IV a vu le
jour et triomphé à Sebring. Une victoire acquise
en l'absence de Ferrari, mais riche tout de même de promesses,
car la nouveauté a fait jeu égal avec la Chaparral,
la voiture la plus rapide du moment. La confiance revient dans
le camp Ford qui lance aussitôt la construction de quatre
Mk IV pour Le Mans.
En attendant le grand rendez-vous de juin, les deux "Grands"
s'évitent soigneusement et ainsi l'édition 1967
des 24 Heures va prendre une dimension exceptionnelle. Les forces
semblent plus équilibrées que l'année précédente
(quatre Ferrari P4 et trois P3/4 face à quatre Ford MkIV
et trois Mk IIB) et le public venu en masse (300 000 spectateurs)
ne sera pas déçu.
Dès
les essais, Ford donne le ton. McLaren bat de plus de six secondes,
le record du tour établi par Gurney l'année précédente
et se fait "flasher" à plus de 340 km/h dans
les Hunaudières. Nettement moins rapides en pointe (310
km/h), les Ferrari ne peuvent espérer qu'une défaillance
des Ford et adopte une prudente tactique de course d'attente.
Convaincu que les Ford ne tiendront jamais cette cadence pendant
24 Heures, les Ferrari vont se montrer trop frileuses et lorsque
la plus rapide d'entre-elles, la P4 de Scarfiotti-Parkes, passera
à l'offensive, il sera bien trop tard. Malgré un
accrochage qui décime trois Ford en quelques instants,
les ennuis divers et à répétition touchant
la voiture de McLaren - Donohue, la Ford de Gurney - Grant semble
intouchable et franchit triomphalement la ligne d'arrivée,
laissant la première Ferrari à quatre tours. Des
24 Heures du Mans éblouissantes qui marquaient la fin (officielle)
de l'aventure Ford en endurance, mais qui refermaient aussi l'une
des périodes les plus riches du Sport-automobile.
Dossier
Ford GT 40 : Les Mirage de John Wyer (1967)
Après
avoir guidé les premiers pas en compétition de la
Ford GT 40, John Wyer se voit écarté sans ménagement
du programme officiel en 1965. A 57 ans, il n'a plus rien à
prouver et pourrait couler des jours heureux dans sa propriété
du midi de la France. Mais l'homme est obstiné. Il veut
sa revanche sur la lourde machine américaine.
Après
les douloureux échecs de la saison 1964, Ford décide
de quitter la Grande Bretagne et de développer de façon
autonome son programme compétition. Pionnier en disgrâce
de l'épopée, John Wyer "hérite"
de l'usine de Slough et se voit confier la production des GT 40
destinées à être homologués en catégorie
Sport (50 exemplaires requis). S'acquittant de sa tâche
avec son efficacité coutumière, John Wyer se voit
pourtant remercier à la fin de l'année 1966. Le
franc-parler de l'ancien directeur sportif de la grande équipe
Aston Martin n'a jamais été admis dans les hautes
sphères de Detroit, pas plus que ses critiques sur l'organisation
sur le terrain ou son opposition au programme 7 litres. En 1966,
Ford transforme son troisième essai au Mans en un triomphe
et fort de ce succès, les dirigeants américains
décident de se passer une fois pour toutes de ce Britannique.
En
dépit du triplé du Mans, John Wyer n'est toujours
pas convaincu par les choix de Ford et ne ménage pas ses
critiques. Il est toujours persuadé qu'un résultat
comparable aurait pu être obtenu avec un budget nettement
moins disproportionné et ne se prive pas de le faire savoir.
Selon lui, la GT 40 était bien née. Il lui suffisait
simplement d'un peu de temps et d'une gestion sportive rigoureuse.
Sous la direction de Carrol Shelby, la voiture a glané
ses premiers succès en 1965 mais sa progression a été
brisée par le lancement du programme Mk II-7 litres. Performante,
rapide la GT 40 manque toujours d'endurance et n'a jamais été
capable pour l'instant de terminer les 24 Heures du Mans. Dérivé
de la série, le gros V8 supporte, en effet, très
mal les contraintes d'une course de longue durée, surchauffe
et dévore ses joints de culasse avec un bel appétit.
Or Wyer possède depuis longtemps une partie de la solution
pour éviter ces casses endémiques : faire ressembler
le plus possible le V8 à un "vrai" moteur de
course en augmentant sa cylindrée avec des éléments
mécaniques (pistons, chemises, etc) hautement sophistiqués
et surtout le coiffer de culasses offrant un meilleur rendement.
Agacé
par ses propos, Ford intime à Wyer de ne plus interférer
dans la logistique américaine, mais Wyer persiste et la
rupture devient inévitable. La conquête du titre
mondial Sport en 1966 par les GT 40 soigneusement préparées
par Ford Advanced Vehicles (l'antenne de John Wyer) permet toutefois
d'apaiser les tensions et de conclure à un divorce à
l'amiable entre les deux parties. A la fin de l'année 1966,
Wyer se voit ainsi proposer le rachat de F.A.V. à un tarif
préférentiel à condition simplement de continuer
à assurer la maintenance des GT 40 achetées par
des équipes privées et de poursuivre le programme
de production. Après un accord avec John Willment (propriétaire
d'une puissante écurie de course anglaise alignant aussi
bien des monoplaces, des Sport ou des Saloon Cars), la "J.
W. Engineering Ltd" succède le 1er janvier 1967 à
la "F.A.V.". Si pour la construction et la maintenance
des GT 40, le soutien financier de Ford est toujours assuré,
la nouvelle société doit trouver ses propres budgets
pour aligner ses voitures en course.
Naissance
du Team Gulf-Wyer
En
homme organisé, John Wyer a déjà pratiquement
bouclé cette question depuis l'automne précédent
! Alors qu'il est en plein "divorce" avec Ford à
la fin du mois de septembre 1966, il rencontre à Pittsburgh
Grady Davis, le jeune vice-président de la Gulf Oil Company.
Wyer
a rencontré celui-ci quelques mois plus tôt en compagnie
de Carroll Shelby et il a su immédiatement reconnaître
un authentique passionné. Pilote amateur, Davis a connu
quelques succès en course avec des Chevrolet Corvette en
compagnie de Dick Thompson. Parrainant toujours la voiture de
Thompson, mais ayant dû renoncer à la compétition
depuis qu'il occupe de hautes fonctions à la Gulf,
il souhaite s'offrir une GT 40 "street version" pour
compenser sa frustration. L'affaire est conclue et en avril, l'Américain
arrive à Slough pour prendre livraison de sa voiture.
Connaissant
la réputation et l'expérience de Wyer, Davis chargé
de dynamiser l'image de Gulf, souhaite lui soumettre des projets
de parrainage d'une écurie de course, des retombées
possibles, des budgets...Tout est encore flou, mais le courant
est passé entre les deux hommes et Wyer n'a pas manqué
de s'en souvenir lorsqu'il se sépare de Ford.
Au
siège de la Gulf Oil, tout va très vite. Wyer a
établi un projet de financement pour l'engagement de deux
voitures en Championnat du monde et, convaincu par le réalisme
et la modestie de l'investissement, Davis persuade sans difficulté
son conseil d'administration.
Conscients des faibles retombées publicitaires enregistrées
précédemment par les pétroliers (BP notamment
avec ses minuscules stickers), les deux hommes décident
de décorer entièrement les voitures, baptisées
Mirage, aux couleurs Gulf. Toutefois, le bleu sombre de Gulf n'est
pas très excitant et ce sont les couleurs la Wilshire Oil
(bleu ciel/orange) une compagnie récemment acquise par
Gulf qui seront retenues. Ce sera l'un des premiers coups de génie
de l'équipe ! Le temps n'est pas encore aux audaces graphiques
(du moins en Europe) et les voitures de Wyer ne passeront jamais
inaperçues. Davis insiste pour que la nouvelle écurie
débute dès les 24 heures de Daytona le 4 février
1967 et faute de temps, il propose d'aligner sa GT 40 personnelle.
Confiée à Jacky Ickx, la jeune recrue de Wyer et
à Dick Thompson, "l'homme de Gulf", la GT 40
à peine adaptée à la compétition,
sera pourtant la seule Ford à l'arrivée, terminant
6e et enlevant la catégorie Sport. Après un autre
intermède à Sebring, moins heureux, la GT 40 retourne
à la "vie civile" et les Mirage entrent en piste.
De la GT 40 à la Mirage
Wyer
et son équipe -David Yorke, team manager et John Horsman,
directeur technique- ne sont pas partis tout à fait d'une
feuille blanche pour donner naissance à la Mirage. Etroitement
dérivée de la GT 40, celle-ci va non seulement se
doter de toutes les évolutions dont elle a été
privé par la faute du programme 7 litres, mais aussi bénéficier
d'une étude commandée par Ford Angleterre qui a
été également délaissée. Len
Bailey, ingénieur de renom, a, en effet, travaillé
en 1966 sur une version de GT 40 allégée et mieux
profilée. Le projet n'a pas dépassé le stade
des essais en soufflerie, mais Wyer confiant, parvient à
le racheter et s'attache les services de Bailey. Cette étude
menée à son terme va donner naissance à la
Mirage M1. Affichant un air de famille prononcé avec une
classique GT 40, elle s'en distingue toutefois par une silhouette
plus élancée avec son pavillon de toit plus étroit,
une surface frontale réduite et un capot moteur affiné
intégrant des prises d'air. Plus légère d'une
cinquantaine de kg grâce à l'emploi d'une fine pellicule
en fibre de verre faisant office de carrosserie, la Mirage présente
également des voies plus larges et des suspensions légèrement
modifiées.
Sur
le plan mécanique, la voiture doit se contenter du traditionnel
4.7 litres pour ses premiers pas, avant de recevoir au choix le
V8-5 litres, un V8 5.7 litres développé chez Holman
et Moody ou encore une autre version du 5 litres dotée
des nouvelles culasses Gurney-Weslake. Après quelques tours
de roues à Snetterton, la Mirage est immédiatement
lancée dans le grand bain. Dévoilant en partie son
potentiel aux essais préliminaires du Mans en avril, elle
enlève sa première victoire moins d'un mois plus
tard à Spa dans les mains d'un Jacky Ickx en état
de grâce. La suite de la saison sera plus difficile, mais
la Mirage accrochera encore deux beaux succès (hors-championnat)
aux 1000 km de Paris et aux 9 heures de Kyalami avant d'être
bannie de la scène internationale par les règlements.
Si
les Ford Mk IV, Ferrari P3 et P4 et autres Chaparral prenaient
le chemin des musées sans espoir de retour, les Mirage
allaient se "déguiser" en GT 40 et écrire
quelques unes des plus belles pages de l'écurie Gulf-Wyer.
Voir
les photos de la GT40

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